Le désir triomphal, en son commencement,
Exige toutes les aisances ;
Il ignore le temps, le sort, l’atermoiement ;
Il exulte, il chante, il s’avance !

On serait stupéfait et transi de savoir,
Aux instants où l’amour débute,
Combien seront soudain précaires l’abreuvoir,
Le dur pain et la pauvre hutte !

Le cœur éclaterait comme d’un son du cor
S’il entrevoyait dans l’espace
Tant de honte acceptée humblement, pour qu’un corps
Ne nous prive pas de sa grâce…

 Anna de Noailles, Poème de l’amour, 1924

0