Tant aimer ! Non, aucun orgueil
Ne me soulève cette fois !
Hermione aux cris de chevreuil,
Phèdre hantant les rocs, les bois,
Me sont de détestables sœurs !
La sérénité, la douceur,
Les calmes jours, leurs purs trésors,
Surpassent ces mortels transports !
— D’où nous viendrait cette fierté
D’avoir atrocement goûté
Au sombre suc de la Nature ?
— Ô Raison ! sache nous blâmer !
Réprouve les cœurs affamés,
Dis-le ! pour que la créature
Renonce à l’humaine pâture !

Il est honteux de tant aimer !…

 Anna de Noailles, Poème de l’amour, 1924

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