Oui, la douceur est toujours feinte
En amour. — Croirais-tu vraiment
Que ce brillant contentement
Ne masquât pas d’amères plaintes ?

Certes tout mon être bénit
Ta vie où j’ai mis l’infini,
Mais, corps charmant, ô cœur de roche,
Toi que j’aime ! un constant reproche
Émane de mes yeux séduits.
Quoi ! toujours t’admirer, et puis
Toujours, en silence, surprendre
Tes défauts, — et, d’un cœur plus tendre,
Mêlé de louanges, de pleurs,
Te voiler mon humble colère ?
Ah ! réclamais-je ces douleurs ?
— Et de quel droit viens-tu me plaire ?…

 Anna de Noailles, Poème de l’amour, 1924

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