J’ai perdu l’univers puisque tu me suffis,
Je vois qu’il appartient aux autres ; quelquefois
Je songe à la grandeur que l’espace eut en moi,
Mais j’ai quitté l’azur à cause que tu vis.

Je regarde et j’entends les secrets mouvements
De l’infini, des sons, des parfums, des couleurs ;
Mais l’air, l’arbre, les monts ne sont qu’un vêtement
Que j’écarte des doigts comme une humble vapeur,
Pour que tu restes seul parmi les éléments
À vivre dans la vie ainsi que dans mon cœur…

 Anna de Noailles, Poème de l’amour, 1924

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