Je me taisais, j’avais fait vœu
De ne te jamais reprocher
Ton esprit net, sobre, empêché
De tout élan, de tout aveu ;

Mais ce soir où le ciel d’automne
Effeuille un soleil languissant,
Laisse que ma voix s’abandonne
À trahir les secrets du sang :

— Entends-tu, cher cœur sans tendresse,
Chère âme insensible et têtue,
En ce jour où je te confesse
Ma native et fière tristesse,
Combien de fois je me suis tue ?

 Anna de Noailles, Poème de l’amour, 1924

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