Je ne voudrais qu’un changement
En ton être qui me fait peur ;
Mes délices et mon tourment
Ne me viennent pas de ton cœur,

Ni de ton esprit qui m’est cher,
Mais qu’il m’est aisé d’oublier…
Hélas ! mon désir est lié
À quelque beauté de ta chair !

Je retrouverais le repos
Si ton visage était terni ;
Il n’est plus d’âme ou de propos
Qui m’enseigneraient l’infini ;

Mais je constate ton regard
Comme un implacable accident.
— Ce sont tes lèvres sur tes dents
Qui rendent mon destin hagard…

 Anna de Noailles, Poème de l’amour, 1924

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